
NPA Nancy
Le succès de la rétrospective Kandinsky, actuellement présentée à
Beaubourg, étonne même ses organisateurs. La charge révolutionnaire qui subsiste encore dans l'œuvre de ce géant de la peinture n'y est peut-être pas totalement
étrangère.
Crédit Photo: Komposition VIII, huile sur toile, 1923, Guggenheim Museum (New York)/ADAGP, Paris 2009
C'est ce prestige, plus que sa nationalité ou sa présence à Moscou, qui le fit
appeler aux plus hautes instances artistiques de la jeune administration soviétique : président des sections théâtre et cinéma du département des Beaux-arts, directeur du Musée de culture
artistique de Moscou, vice-président (il n'était pas communiste) de l'Académie des sciences de l'art, puis délégué en Allemagne par Karl Radek en 1921, avant d'être invité à enseigner au
Bauhaus.
Avec Paul Klee, il devint l'un des principaux animateurs de cette institution si « sulfureuse » que les nazis la fermèrent dès leur accession au pouvoir. Kandinsky s'exila alors en France, où il vécut jusqu'à sa mort en 1944, à 78 ans, laissant des œuvres dispersées en Russie, en Allemagne, aux États-Unis, et dont la présente exposition offre une réunion sans précédent qu'on ne reverra pas de sitôt.
« Révolutionnaire », hors de son atelier, de ses œuvres et de ses
écrits, Kandinsky ne l'était guère, et le catalogue de l'exposition, très bien conçu, informatif et instructif, suggère, à l'égard des autorités fascistes et nazies, un manque de discernement
politique peut-être à mettre au compte de l'âge et de la fatigue des exils successifs, sans parler de la confusion de l'époque. Mais une révolution intérieure avait bien eu lieu, se prolongeant
jusque dans ses dernières œuvres. La « nécessité intérieure », dont Kandinsky avait fait le principe de sa révolution picturale, coïncida brièvement avec la nécessité extérieure de
l'Allemagne prérévolutionnaire et des débuts de la révolution soviétique, et c'est tout autre chose qu'une heureuse rencontre ou qu'un « hasard de l'histoire ».
Un peintre révolutionnaire en art tout en ne l'étant que fugitivement sur le
plan politique, c'est également ce qu'il faut aller voir et tenter de comprendre dans les tableaux de Kandinsky.
Expositions au Centre Pompidou jusqu'au 10 août 2009 de 11h à 23h